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J’aurais voulu…

Le blues du businessman est sans l’ombre d’un doute, un grand classique de la chanson québécoise. Cette chanson est revisitée souvent avec une nouvelle profession dans le refrain par plusieurs clients avec qui j’ai eu à faire affaires depuis que je suis sur le marché du travail à la pige.

Le client a toujours raison…

Pas toujours… rarement. Lorsqu’un client vous approche, c’est qu’il a besoin d’expertise dans le domaine de la création graphique. Il m’est souvent arrivé dans mon inexpérience de laisser le client me dicter la direction qu’allait prendre son projet. Devinez la suite… Le projet n’a jamais atteint son plein potentiel car rien n’était vraiment punché, tout était dit à la fois et de plus, il n’y avait pas de structure dans le design.
 
Suite à cet incident, je me suis rendu compte que si le client fait appel à un graphiste, il doit considérer ce que le graphiste pense : quelle direction doit prendre le message, quel axe doit être choisi, les couleurs utilisées, une photo ou une illustration? Le graphiste, lorsqu’il est impliqué dans un projet où il n’y a pas de conseiller en marketing ou communication impliqué dans le processus, est en quelque sorte le conseiller stratégique. Répétez-vous ces mots haut et fort : Je ne laisserai pas le client me dire comment faire mon travail et je ne lui dirai pas comment faire le sien.

Je veux tout, tout de suite, ça urge!

Quand vous entendez un de ces mots ou pire, tous dans la même séquence ou presque, une petite lumière rouge accompagnée d’un son qu’on pourrait entendre dans le film Psychose devraient retentir dans votre tête.

À cette occasion, il est de bon avis pour votre santé mentale et surtout la réussite du projet d’aviser votre client qu’il faut prendre un certain temps pour bien faire les choses et qu’il faut prioriser les items à produire. Sinon, tout vous semblera confus et les réunions de production ressembleront à un grand bazar où tout se confond et où tout le monde saute du coq à l’âne en mettant son grain de sel et où vous, pauvre designer graphique, n’êtes là que pour écouter et exécuter ce qui sortira de cette réunion digne des plus grands cirques d’acrobates. Encore là, le produit qui naîtra de ce chaos ne sera que très brouillon et peu structuré. Un échec communicationnel annoncé.

Le beau-frère n’est jamais très loin

Faire affaires avec de petits commerces est souvent plus difficile qu’avec de grandes firmes ou les différents paliers de gouvernements (fédéral, provincial et municipal). La plupart des commerces de détail n’attribuent pas de véritable importance à la communication graphique dans leur budget de promotion et souvent ils trouveront vos tarifs très élevés. Pourquoi ? Le beau-frère (j’appelle ainsi tous les gens qui s’improvisent graphistes dans leur sous-sol avec des logiciels craqués, à tarif plus que ridicule (et souvent le rendu final est le reflet du tarif)) n’est jamais très loin et le client a souvent déjà fait affaires avec lui. Ce dernier n’a aucune véritable connaissance de la création graphique et de ses stratégies employées afin de construire des images fortes et portantes de sens.  Dans un prochain article, je vous donnerai des arguments de vente afin de faire comprendre à votre clientèle et vos prospects pourquoi il est avantageux de faire affaires avec un designer graphique plutôt que le beau-frère et aussi les éduquer sur l’importance d’une belle image de marque.

Mon beau-frère m’a soufflé à l’oreille lors de notre dernier souper familial : « Sébas… j’aurais voulu être un graphiste ! »
 
Sébastien Roy, designer graphique
Nestor Design

Rédiger une mise en demeure

Pas toujours drôle, la vie de travailleur autonome. Il se pourrait bien qu’un jour, malgré votre honnête travail, quelqu’un de moins honnête décide de ne point payer vos services et se foute de votre gueule. Et ce coup-là, les graphistes pigistes se le font souvent faire!

Voici un petit retour sur une expérience professionnelle désagréable et des outils pour arriver à s’en sortir.


Discuter, ça paie toujours

Avant de grimper dans les rideaux et envoyer votre armée d’avocats à votre client, discutez du problème avec lui, et restez courtois. Peut-être que votre client a des problèmes d’ordre financier, que ses affaires ne vont plus si bien, et peut-être même qu’il vous en touchera un mot si vous lui en donnez l’occasion. Il faut savoir être compréhensif et faire des compromis pour arranger les deux parties. Vous pouvez lui offrir de régler la facture en plusieurs versements fixes, ou dans le pire des cas, transformer vos honoraires en contrat-échange. Cette dernière possibilité n’est pas toujours possible, mais s’il ne s’agit pas d’un trop gros montant et que votre client est un pub, ça peut toujours être intéressant, tant qu’à ne rien recevoir du tout. Par contre, si le montant est sérieux, vous devriez insister et employer les moyens qu’il faut si votre tentative de collaboration avec le client est infructueuse.

Et si le client fait la sourde oreille?

Dans bien des cas, malheureusement, un client malhonnête ne répondra pas à vos courriels, ne retournera pas vos appels; et si vous finissez par le contacter, il se montrera hostile. Votre facture reste impayée depuis quelques mois, et votre client vous fait comprendre que vous n’aurez pas votre salaire, même si vous avez pris soin de signer un contrat avec lui avant le début des travaux (important!).

C’est là qu’il faut commencer à parler de représailles légales. Ce n’est jamais très agréable à faire et ça demande beaucoup de tact et de délicatesse. Vous devez faire comprendre, que vous êtes navrés mais que vous n’aurez d’autre choix que lui faire parvenir une mise en demeure pour le règlement de vos factures. Parfois, simplement le fait d’annoncer vos actions futures réveillera le client et le fera payer. Mais pas toujours.

Vous avez alors deux choix pour ce qui est de la mise en demeure : la rédiger vous-même ou la faire rédiger par un avocat.

L’avocat coûte évidemment des sous, mais sa signature en bas de la lettre suffit souvent à effrayer le destinataire. De plus, vous êtes certains que les termes choisis seront les bons, et que l’impact sera optimisé pour de meilleurs résultats.

La rédiger vous-même, par contre, vous permet de ne point impliquer de frais dans une procédure causée par une perte d’argent. Tout dépent de vos revenus, contacts, et le montant de la facture en souffrance.

Donc, vous rédigez ou faites rédiger la mise en demeure, vous l’envoyez en courrier recommandé à la personne concernée par la mise en demeure, et s’il y a lieu, vous mettez d’autres personnes concernées (niveaux supérieurs) en copie conforme, par courrier régulier ou recommandé. Le courrier recommandé est important car pour une dizaine de $, vous saurez de manière certaine que votre destinataire a reçu et pris connaissance de la mise en demeure. C’est également important si vous désirez déployer d’autres actions légales contre le client par la suite.

À cette étape-ci, le client, dans le meilleur des cas, se pliera probablement à votre attaque et vous rendra justice en vous versant le montant dont il est question. D’autres vous contacteront pour trouver une solution à l’amiable, ce qui peut être convenable.  D’autres finalement, se torcheront le derrière avec votre lettre et vous pourrez toujours courrir pour voir vos honoraires finalement payés.

Savoir abandonner la partie

Si le client continue de vous faire poiroter, il faudra évaluer si le montant en souffrance vaut l’investissement d’argent et d’énergie en d’autres représailles : les petites créances. Pas tant d’argent, mais beaucoup d’énergie.

Beaucoup vous le diront, il faut savoir mettre de côté son orgueil et ses émotions, et décider intelligemment s’il faut continuer ou pas. Parfois, il vaut mieux abandonner, surtout lorsque le montant n’en vaut pas la peine.

Finalement, on ne sort jamais réellement vainqueur d’une pareille expérience : dans le meilleur des cas, on reçoit le paiement de la facture initiale, contre le travail initial et des efforts assez imposants, déployés pour recevoir le paiement. Dans mon cas, le temps et l’énergie mis pour obtenir mon salaire ont été largement supérieurs au temps investi dans le projet du client en question.

Parfois, on en sort complètement perdant : perdu votre temps de travail, et perdu votre temps à essayer d’avoir votre argent. Mais il s’agit souvent d’une question de principe, qu’il faut pousser un peu sans s’impliquer trop loin dans le conflit.

Le seul moyen d’éviter ces situations douloureuses est d’affiner votre flair. Oui, les clients qui ne paient pas ont tous la même odeur. Ils spéculent toutes les mêmes types de conneries, vous verrez. N’hésitez pas à refuser un contrat si vous ne faites pas totalement confiance au client. Refusez-le sur le champs s’il vous parle de vous payer avec les bénéfices futurs de son entreprise! Des solutions merdiques dans ce genre devraient déjà vous sonner une cloche, surtout si vous débutez en tant que travailleur autonome…

Quelques liens utiles

  1. Informations sur les mises en demeures : http://www.justice.gouv.qc.ca/FRANCAIS/sujets/glossaire/mise.htm
  2. Petites créances : http://www.justice.gouv.qc.ca/FRANCAIS/publications/generale/creance.htm
  3. Exemple de mise en demeure (essentiel) : http://www.justice.gouv.qc.ca/FRANCAIS/publications/generale/creance.htm#avant